Chez la souris, des fibroblastes pulmonaires tumoraux recrutent des cellules immunosuppressives
Olivia Ringham a passé des heures à étudier des images de cellules réunies autour de tumeurs pulmonaires. À l’université Columbia, ce travail minutieux a permis de révéler une population jusque-là inconnue de fibroblastes — des cellules de soutien souvent présentes autour des tumeurs solides — qui semble aider le cancer du poumon à échapper à l’attaque immunitaire. Les cellules ont été identifiées dans un modèle murin grâce au profilage transcriptomique unicellulaire, une méthode qui mesure l’activité des gènes cellule par cellule.
Les fibroblastes portent CHL1, un gène normalement absent des fibroblastes de poumons sains. Ringham et le responsable de l’étude, Nicholas Arpaia, ont découvert que ces cellules produisent CXCL9, une protéine de signalisation qui recrute des lymphocytes T régulateurs à la frontière de la tumeur. Les lymphocytes T régulateurs empêchent normalement le système immunitaire des poumons de réagir de manière excessive aux éléments inhalés à chaque respiration. Dans le cancer du poumon, cette même retenue peut protéger la tumeur.
L’équipe, en collaboration avec des collègues de Columbia et de l’Université de Toronto, a bloqué le système de signalisation chez des souris en inactivant les gènes concernés. Cette intervention a réduit l’accumulation de lymphocytes T régulateurs et permis une réponse immunitaire contre la tumeur. Dans des échantillons de cancers du poumon humains, les tumeurs contenant davantage de fibroblastes CHL1 présentaient des réponses immunitaires plus faibles et une moindre survie sans progression, selon l’analyse menée par les chercheurs à partir de la banque de tissus et des données de patients de Columbia.
Qu’est-ce qui change, concrètement ? L’étude fournit aux chercheurs une cible potentielle absente des poumons normaux : les fibroblastes CHL1 eux-mêmes. Bloquer le signal CXCL9, cibler les lymphocytes T régulateurs qu’ils attirent ou empêcher la transformation des fibroblastes pourrait, à terme, aider à exposer les tumeurs au système immunitaire. Aucune de ces approches n’est encore un traitement établi.
Les données restent précliniques. Le mécanisme a été testé chez la souris, tandis que les données humaines montrent une relation entre les fibroblastes CHL1, l’immunosuppression et la survie sans progression, sans prouver un lien de cause à effet. Pour une maladie qui reste la première cause de décès liés au cancer aux États-Unis, cette avancée offre une cartographie plus précise de la manière dont certaines tumeurs pulmonaires se protègent — pas un traitement prêt à être administré aux patients.
Sources — lire les originaux(heure de Paris)
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