La psilocybine réorganise l’activité cérébrale selon le contexte
Les yeux fermés, les participants de Monash Biomedical Imaging ont regardé un film de cinq minutes, observé cinq minutes de repos, suivi cinq minutes de méditation guidée par un enregistrement audio, puis écouté sept minutes de musique après avoir pris de la psilocybine. Ces 62 adultes en bonne santé n’avaient jamais pris de psychédéliques auparavant : les chercheurs ont ainsi pu suivre de près une première expérience, plutôt que de calculer une moyenne à partir d’utilisateurs expérimentés.
Cette étude de cinq ans, publiée dans Nature, a combiné l’EEG (électroencéphalographie, qui enregistre l’activité électrique du cerveau) avec l’IRM fonctionnelle, qui cartographie les changements de l’activité et de la connectivité cérébrales. Un système d’intelligence artificielle a analysé ces signaux instant après instant au lieu d’en faire la moyenne sur l’ensemble du groupe, permettant à l’équipe d’examiner comment le cerveau de chaque personne évoluait dans chaque contexte.
Le résultat nuance l’image familière d’une désorganisation provoquée par les psychédéliques. Les réseaux cérébraux qui contribuent à traiter le monde intérieur et le monde qui nous entoure sont devenus moins distincts sous l’effet de la psilocybine, mais leur activité s’est réorganisée en schémas adaptés au contexte : se reposer, écouter de la musique, méditer ou regarder un film. L’effet était plus marqué chez les participants qui décrivaient une expérience plus positive.
Ce point est important, car l’éventuel effet thérapeutique de la psilocybine pourrait dépendre en partie de l’expérience elle-même, et pas uniquement de la chimie de la substance. Selon les chercheurs, la psilocybine interagit avec un type de récepteur de la sérotonine et induit une plasticité neuronale. L’étude étaye l’idée que ce que les personnes font, auquel elles prêtent attention et ce qu’elles vivent pendant une séance peut façonner la réponse du cerveau, plutôt que constituer un simple arrière-plan.
Qu’est-ce qui change en pratique ? Pas le traitement aujourd’hui, mais une piste pour mesurer la réaction d’une personne pendant une séance et, à terme, prédire qui pourrait en bénéficier. Les chercheurs ont constaté qu’une réorganisation cérébrale plus marquée était associée à des changements psychologiques positifs plus importants le lendemain. Ce lien a été établi auprès de volontaires en bonne santé, toutefois ; la prochaine étape consistera à vérifier si ces signatures cérébrales individuelles se retrouvent chez les patients et permettent de prédire une amélioration thérapeutique durable. L’autorisation par l’Australie de la psilocybine pour traiter la dépression résistante aux traitements fournit un contexte réglementaire, mais l’étude apporte des éléments sur les réponses cérébrales et ne constitue pas une preuve d’efficacité clinique.
Sources — lire les originaux(heure de Paris)
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