En labo, Interlune crée un simulant lunaire en 4 heures
Dans une chambre à vide haute température, Interlune a comprimé une attente géologique d’environ 15 000 ans en quatre heures. La start-up de Seattle spécialisée dans les ressources spatiales a bombardé des grains minéraux sélectionnés avec un plasma d’hélium accéléré, produisant sur Terre un simulant lunaire contenant des gaz au lieu d’attendre un matériau lunaire naturellement altéré ou le retour d’une future mission avec de nouveaux échantillons.
La cible est l’ilménite, le minéral que les recherches menées à l’époque d’Apollo ont identifié comme le principal composant de la régolithe lunaire retenant l’hélium. Le vent solaire — un flux de particules provenant du Soleil — perturbe progressivement la couche externe de son réseau cristallin, créant des défauts microscopiques qui piègent des gaz volatils. Interlune a reproduit ces dégâts en transformant l’hélium en plasma, en accélérant les ions vers de l’ilménite simulée, puis en chauffant le matériau pour vérifier ce qu’il avait retenu.
Un spectromètre de masse a détecté de l’hélium s’échappant entre 300 °C et 800 °C, un profil de libération qui, selon l’entreprise, correspond aux données des échantillons d’Apollo. Interlune peut désormais mélanger l’ilménite traitée avec d’autres minéraux terrestres pour reproduire approximativement certains sites lunaires. Les simulants classiques de régolithe lunaire reproduisent la taille des particules et la composition minérale, mais pas les gaz issus du vent solaire présents dans les échantillons authentiques.
Alors, qu’est-ce que cela change en pratique ? Les ingénieurs peuvent tester sur Terre des équipements d’extraction de gaz avec un matériau qui se comporte davantage comme la ressource qu’ils pourraient rencontrer sur la Lune. Interlune prévoit de l’utiliser pour son Harvesting System, qui recourt à des méthodes mécaniques plutôt qu’au chauffage de la régolithe à près de 1 000 °C ; l’entreprise affirme que cette conception pourrait réduire la consommation d’énergie jusqu’à dix fois, une marge potentiellement utile dans un environnement où l’énergie et la masse sont limitées.
Les limites sont claires. Il s’agit d’une démonstration en laboratoire, pas d’une production lunaire ni d’une mine en activité. Interlune prévoit de proposer le simulant et des services de test aux entreprises spatiales, aux instituts de recherche et aux agences gouvernementales. Son Interlune Research Lab, basé à Houston, bénéficie d’un financement pouvant atteindre 4,84 millions de dollars de la Commission spatiale du Texas.
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