TIM-3 pourrait signaler les infections osseuses sévères
Lorsqu'une infection à Staphylococcus aureus (S. aureus) s'installe autour d'une articulation artificielle, la décision suivante peut aller des antibiotiques au retrait de l'implant, voire à l'amputation. À la faculté de médecine de l'Université de Rochester, des chercheurs ont observé des taux élevés de TIM-3, une protéine des lymphocytes T, dans des infections osseuses chroniques étudiées chez des souris humanisées et à partir d'échantillons de patients ; des taux élevés de TIM-3 dans le sérum des patients étaient associés à de mauvais résultats cliniques.
Les enjeux sont importants, même lorsque l'infection initiale est rare. Les chirurgiens réalisent environ 2 millions d'arthroplasties par an dans le monde, tandis que les infections après une chirurgie orthopédique programmée surviennent dans 1–5 % des cas. Lorsque l'infection réapparaît ou persiste, les taux de rechute peuvent atteindre 30 %, pour un coût allant jusqu'à 150 000 dollars par patient. Une détection précoce pourrait aider les médecins à décider du degré d'intervention nécessaire avant que S. aureus ne se propage dans l'os.
Ces résultats mettent en évidence des lymphocytes T devenus dysfonctionnels au cours d'une infection persistante. Selon les chercheurs, la stimulation constante par les bactéries rend les lymphocytes T dysfonctionnels et les pousse à exprimer des protéines de point de contrôle, qui agissent comme des freins à leur capacité à combattre l'infection. Ce phénomène ressemble à l'épuisement des lymphocytes T observé dans le cancer et les infections virales, mais il était moins bien compris dans les infections osseuses à S. aureus.
Concrètement, l'application envisagée est un indicateur de risque fondé sur une analyse sanguine. Muthukrishnan affirme que les taux sériques de protéines de point de contrôle immunitaire pourraient prédire l'évolution des patients avec une précision de 90 %, ce qui aiderait potentiellement les chirurgiens orthopédistes à choisir entre une prise en charge conservatrice et une intervention agressive. Il a déjà été démontré que les médicaments bloquant ces points de contrôle améliorent l'activité des lymphocytes T chez les patients atteints de cancer ; l'équipe suggère donc qu'ils pourraient à terme être utilisés en complément des antibiotiques, plutôt que les remplacer.
Il s'agit toutefois d'un résultat obtenu au stade de la recherche en laboratoire, et non d'un nouveau standard de soins. L'étude ne décrit pas d'essai clinique de médicaments bloquant les points de contrôle dans les infections osseuses, et le test sérique reste un objectif du programme de recherche. Katya McDonald, doctorante, et Motoo Saito, chercheur postdoctoral, sont les premiers auteurs conjoints de l'étude publiée dans Communications Medicine ; il faudra encore vérifier par des essais si le relâchement du frein TIM-3 améliore les résultats chez les patients.
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