L’inflammation bloque la réparation intestinale dans la maladie de Crohn et la colite
La Dre Lina Wehkamp a commencé à se poser cette question lors d’un séjour de recherche à la faculté de médecine de Penn State : pourquoi un intestin enflammé ne parvient-il pas à rétablir son approvisionnement énergétique ? Une équipe germano-américaine associant l’université de Kiel et le Centre hospitalier universitaire du Schleswig-Holstein pointe désormais un goulot d’étranglement dans la production de NAD⁺, une molécule utilisée par les cellules pour le métabolisme énergétique, la réparation des dommages et le renouvellement des tissus.
Dans la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique actives, les chercheurs ont constaté que la production de QPRT — une enzyme impliquée dans l’une des dernières étapes de la synthèse du NAD⁺ — diminue. La molécule intermédiaire, l’acide quinolinique, s’accumule, tandis que la production de NAD⁺ par la voie du tryptophane baisse. Il en résulte un déficit métabolique dans une muqueuse intestinale qui doit se régénérer en permanence, en particulier pendant l’inflammation.
L’organisme ne s’arrête pas pour autant. Grâce au traçage par isotopes stables, l’équipe a constaté que les cellules se tournent de plus en plus vers d’autres voies pour reconstituer le NAD⁺. La nicotinamide, une forme de vitamine B3, s’est révélée particulièrement utile dans des conditions inflammatoires, car elle peut contourner la portion bloquée de la voie métabolique. Ces expériences fournissent une justification mécanistique à l’essai clinique ORNATUS en cours, qui évalue la nicotinamide administrée localement dans la rectocolite hémorragique ; elles n’établissent toutefois pas encore que cette approche soit efficace chez les patients.
Les chercheurs ont confirmé la relation entre QPRT et NAD⁺ dans plusieurs cohortes indépendantes de patients et modèles expérimentaux. Une troisième étude a également apporté des éléments initiaux indiquant que les bactéries intestinales pourraient influencer le métabolisme du tryptophane et l’efficacité de la production de NAD⁺. Le métabolisme et le microbiome s’ajoutent ainsi à la réponse immunitaire dans la compréhension que l’équipe propose de l’inflammation intestinale chronique.
Qu’est-ce que cela change en pratique ? Pas de nouvelle prescription aujourd’hui, mais une cible plus claire : rétablir l’approvisionnement énergétique de la muqueuse intestinale pourrait devenir une stratégie thérapeutique, au lieu de traiter l’inflammation uniquement comme un problème immunitaire. L’ampleur du phénomène apparaît dans une analyse distincte portant sur 8 865 patients atteints de maladie inflammatoire de l’intestin : 4,6 % présentaient une maladie pulmonaire interstitielle, plus fréquente en cas de rectocolite hémorragique qu’en cas de maladie de Crohn. Les auteurs de l’étude estiment qu’un diagnostic et un dépistage précoces devraient être envisagés pour tous les patients atteints de maladie inflammatoire de l’intestin et que, dans les contextes où les ressources sont limitées, l’attention pourrait éventuellement se concentrer sur la rectocolite hémorragique.
Sources — lire les originaux(heure de Paris)
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