Deux voies vers une inflammation qui alimente le cancer
Pendant près d’un mois, l’équipe de Viviana I. Risca a observé des cellules cancéreuses cesser de se diviser, réorganiser leur ADN et modifier les signaux envoyés à leur environnement. Cette étude en laboratoire, publiée dans Life Science Alliance, a montré que deux traitements contre le cancer peuvent conduire au même programme inflammatoire, susceptible de favoriser la croissance tumorale, en empruntant des voies biologiques différentes.
Les cellules sont entrées en sénescence : un arrêt permanent de leur croissance, dans lequel elles ne se divisent plus sans pour autant mourir. Elles ont continué à libérer le SASP, un ensemble de molécules de signalisation qui remodèle les tissus voisins. Les chercheurs ont étudié des modèles cellulaires de liposarcome et de cancer du sein à récepteurs aux œstrogènes positifs, en utilisant de la doxorubicine et du palbociclib.
La doxorubicine endommage l’ADN et active NF-κB, un régulateur des gènes inflammatoires, par la voie attendue des dommages à l’ADN. Le palbociclib appartient à la classe des inhibiteurs de CDK4/6, qui bloquent le cycle cellulaire sans endommager directement l’ADN. Ses effets n’étaient toutefois pas inertes : les cellules ont d’abord produit des signaux de remodelage tissulaire, qui ont progressivement activé NF-κB par l’intermédiaire de récepteurs situés à la surface cellulaire.
Le calendrier des événements était central. La sénescence n’est pas apparue comme un état unique et fixe. Une première vague de signaux de remodelage tissulaire a été suivie, plusieurs semaines plus tard, par une inflammation retardée. Bloquer les capteurs des dommages à l’ADN a interrompu la signalisation inflammatoire après la doxorubicine, mais pas après le palbociclib. Bloquer directement NF-κB a supprimé la réponse inflammatoire tout en maintenant l’arrêt de la croissance des cellules.
Et donc, concrètement ? Ce résultat donne aux chercheurs un moyen de dissocier deux conséquences de la sénescence induite par les traitements : empêcher la division des cellules cancéreuses et limiter l’inflammation susceptible de favoriser la croissance tumorale. Il pourrait orienter de futures associations de médicaments, mais les données présentées ici proviennent de modèles cellulaires en laboratoire ;
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