Huit génomes de chauves-souris relient longévité et cancer
La nuit, Juan Manuel Vazquez et des étudiants de Berkeley tendaient des filets japonais au-dessus de ruisseaux, d'étangs et de rivières dans l'ouest des États-Unis. Ils capturaient des chauves-souris, prélevaient de petits échantillons de tissus sur leurs ailes puis les relâchaient. Cette campagne a permis une nouvelle comparaison de huit génomes de Myotis, révélant un lien entre une plus grande longévité et des niveaux plus élevés de gènes impliqués dans la lutte contre le cancer.
Myotis est le genre qui comprend le murin de Brandt, Myotis brandtii. Un individu a été bagué en Europe puis recapturé 50 ans plus tard. Le genre couvre également une large gamme de longévités : le murin noir, Myotis nigricans, vit environ sept ans, tandis que certains murins de Brandt peuvent vivre un demi-siècle.
L'équipe a ensuite cultivé en laboratoire des cellules prélevées sur les ailes des chauves-souris. Lorsque les chercheurs ont exposé des cellules de petites chauves-souris brunes à des substances chimiques toxiques, la chauve-souris vivant le plus longtemps dans leur échantillon n'a pas réagi en activant les gènes codant des protéines de réparation de l'ADN. Elle a plutôt accru l'expression de gènes favorisant la mort cellulaire. La stratégie apparente est simple : lorsqu'une cellule endommagée ne peut pas être sauvée, il faut l'éliminer avant qu'elle ne devienne un problème plus important. Les chercheurs affirment que les éléphants présentent la même réaction, même si cette comparaison n'est pas le résultat central de l'analyse des génomes de chauves-souris.
Cette biologie est importante parce que les chauves-souris associent une longue durée de vie à des systèmes immunitaires qui restent très actifs tout en limitant l'inflammation dommageable provoquée par des infections virales constantes. Peter Sudmant, professeur associé de biologie intégrative à l'UC Berkeley, a déclaré que ces travaux mettent en évidence un recoupement entre les gènes impliqués dans le vieillissement et ceux qui participent à la lutte contre les maladies. Cela pourrait aider les chercheurs à étudier pourquoi l'immunité décline avec l'âge et comment les cellules endommagées sont prises en charge.
Alors, concrètement ? Pour l'instant, il s'agit d'une piste de laboratoire, pas d'une thérapie destinée à l'être humain. Elle fournit aux chercheurs qui étudient le vieillissement un ensemble de gènes de chauves-souris et de réactions cellulaires à examiner, en reliant potentiellement la résistance au cancer, les infections et le déclin immunitaire plutôt qu'en les considérant comme des problèmes distincts. Les mesures proviennent de l'analyse des génomes et des cultures cellulaires réalisées par les chercheurs : ces travaux offrent donc des indices, pas un bénéfice démontré chez l'être humain.
Sources — lire les originaux(heure de Paris)
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