Tissu anti-moustiques : 3,56 fois plus de fraises en laboratoire

Des plants de fraisiers placés sous un tissu conçu pour tenir les moustiques à distance des soldats ont produit 3,56 fois plus de fruits que des plants laissés à découvert. L'essai a eu lieu en laboratoire, et les plants n'ont pas grossi pour autant.
Le tissu s'appelle Plant Armor. Il est issu d'un projet de recherche visant à rendre les uniformes militaires plus résistants aux piqûres de moustiques et plus confortables à porter. À la North Carolina State University, les chercheurs ont alors eu une idée qui semblait presque au hasard : couvrir des plants de fraisiers avec ce même textile tricoté. La fraise n'est pas une culture facile. La météo, les ravageurs et l'eau modifient tous la quantité de fruits qu'un plant produit, et les producteurs utilisent déjà des filets à maille fine contre les insectes sur des cultures comme la tomate, le concombre ou le chou. Le problème de ces filets est que la maille doit être assez fine pour arrêter les insectes, sans être assez serrée pour bloquer la lumière et la circulation de l'air.
Plant Armor est un tricot poreux à trois dimensions. Tendu sur un arceau de tuyaux en plastique (PVC) d'environ un mètre de haut, il forme un dôme au-dessus des plants. Contrairement à une serre en plastique, il n'enferme pas les plants dans un espace clos. Selon les chercheurs, sa structure 3D laisse passer la lumière du soleil, l'air et l'eau de pluie tout en tenant les ravageurs à distance. Lors des tests en laboratoire, les pucerons, de minuscules insectes suceurs de sève, n'ont pas pu traverser le tissu du tout. La couverture a également maintenu des températures plus élevées de façon constante pendant la saison de croissance. Les plants ont besoin d'une certaine quantité de chaleur accumulée pour se développer, et les plants couverts ont atteint le stade de la fructification plus tôt.
Le résultat qui a surpris l'équipe est apparu à la récolte. Les plants couverts n'ont pas grossi et n'ont pas produit davantage de feuilles. Ils ont simplement produit beaucoup plus de fruits. Gabriel Olawuyi, premier auteur de l'article publié dans la revue Agriculture, s'attendait au contraire : « Nous pensions que le tissu apparemment opaque de Plant Armor entraînerait une hausse de la biomasse végétative au détriment de la fructification », explique-t-il. « Pourtant, nous avons constaté que le tissu n'entravait pas du tout l'accès à la lumière, et que la production de fruits a nettement augmenté. »
Pour un agriculteur, la question est de savoir quand et pour qui cela pourrait compter. La réponse n'est pas encore connue. Il s'agit de résultats de laboratoire, et l'équipe affirme que la prochaine étape consiste à tester Plant Armor dans des exploitations commerciales, dans différents lieux et avec d'autres cultures. Si le gain se confirme en conditions de culture réelles, les chercheurs entrevoient une voie vers des récoltes plus abondantes et plus précoces, avec moins de pesticides chimiques et moins d'arrosage supplémentaire. Tant que ces essais en plein champ ne seront pas terminés, le chiffre de 3,56 restera un résultat de laboratoire, et non une promesse pour les producteurs.
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