Un insecte fossile de 324 millions d’années avait 24 pattes
Sous une lumière polarisée croisée, un fossile texan a changé d’identité. Des chercheurs de l’Institut de géologie et de paléontologie de Nankin de l’Académie chinoise des sciences, avec des collègues du Royaume-Uni, des États-Unis et d’Espagne, identifient désormais Chosha praecursor comme un insecte vieux de 324 millions d’années, et non comme un ancien crustacé.
Cette nouvelle observation a révélé trois segments thoraciques distincts et trois paires de pattes, le plan corporel fondamental des insectes, encore présent aujourd’hui. Elle a également mis au jour neuf paires d’appendices abdominaux — 18 membres supplémentaires — qui semblent adaptés à la vie aquatique. L’animal combinait donc six pattes d’insecte avec des structures adaptées à un environnement aquatique.
Cette combinaison est importante, car le fossile provient d’un endroit qui se trouvait autrefois à l’interface entre l’eau et la terre. Les chercheurs le décrivent comme un pont évolutif : il y a environ 320 millions d’années, les insectes anciens ont peut-être commencé à développer des structures leur permettant de respirer et de se déplacer sur terre tout en conservant des équipements adaptés à la vie aquatique. Les variations de la température et de la teneur en oxygène de l’eau, la rareté des ressources et l’accès à de nouveaux habitats figurent parmi les pressions susceptibles d’avoir accompagné cette transition.
Concrètement, qu’est-ce que cela change ? Pour les paléontologues, le spécimen élargit la compréhension de la manière dont la vie a colonisé les terres. La transition n’a pas nécessairement été une marche unique menée par quelques groupes familiers ; les insectes et d’autres invertébrés ont peut-être exploré cette voie à travers plusieurs plans corporels différents. Les insectes fossiles offrent également aux chercheurs un moyen d’étudier l’histoire de la vie sur Terre, dans un domaine appelé la paléoentomologie.
Le spécimen semble être une femelle adulte, mesurant 3,2 cm — environ 5 cm avec la queue déployée. Son anatomie étaye l’interprétation d’un organisme de transition, mais il ne s’agit que d’un fossile issu d’un écosystème lointain, et non d’un relevé complet de la manière dont les appendices ont évolué au fil des générations. Publiée dans Nature, l’étude relie ce bref aperçu au succès ultérieur des insectes : plus d’un million d’espèces décrites appartiennent à la classe des insectes, tandis qu’environ 5 000 espèces appartiennent à l’autre groupe d’hexapodes, les Entognatha.
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